Pourquoi connait-on tous à peu près l’histoire d’Hamlet?

Il se trouve qu’en fait, la pièce Hamlet, écrite par Shakespeare en 1603, raconte l’histoire d’un prince (du Danemark), dont l’oncle a tué le père pour devenir roi, et qui cherche à obtenir vengeance. Si ça ne vous rappelle toujours rien, transposez les noms par Simba, Scar et Mufasa, rajoutez un phacochère, un vieux singe et une chanson d’Elton John, et là.. Vous aurez reconnu Le Roi Lion, le dessin animé de Disney dont le scénario est très librement adapté de la pièce de Shakespeare.

Les références à la pièce sont nombreuses dans le dessin animé : Quand Scar s’apprête à laisser tomber Mufasa du haut du rocher (moment traumatisant, qui vaut celui de la mort de la mère de Bambi), il ajoute « Longue vie au roi ! » Les réalisateurs disent s’être inspiré de la réplique « Bonne nuit, doux prince », un vers tiré d’Hamlet de Shakespeare et prononcé par Horatio à la fin de la pièce. Une autre référence à Hamlet est clairement identifiable quand, dans la scène où Zazu est retenu prisonnier et chante, Scar tient un crâne dans sa patte avant-droite : en effet, la tête de mort joue un rôle dramatique crucial dans la pièce de Shakespeare, et devient le symbole d’une quête de la liberté lorsque Hamlet déclame son fameux « To be or not to be » face à elle.

Tous les dessins animés de Disney sont le fuit de l’adaptation d’histoires préexistentes des Frères Grimm, des contes de Perrault, d’Andersen ou de Madame Leprince de Beamont. Pour les moins évidentes, on peut noter que Rox et Rouky est adapté d’une nouvelle de D. P. Mannix, et Pinocchio du conte de Carlo Lorenzini, dit Carlo Collodi. On peut également observer que Le Bossu de Notre Dame est très librement inspiré du roman d’Hugo Notre Dame de Paris, à la différence près que tous les personnages y sont gentils, et également que la fonction de Frollo, à l’origine un curé, a été changée en juge, car un film destiné aux enfants mettant en scène un curé méchant n’aurait pas été bien accueilli dans l’Amérique puritaine.

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Pourquoi parle-t-on de téléphone arabe ?

Cette expression est couramment utilisée depuis le 20ème siècle pour désigner familièrement la transmission rapide de nouvelles de bouche à oreille, les informations étant alors le plus souvent déformées ou amplifiées.

Le mot « téléphone » exprime l’idée de l’extrême rapidité de la transmission de l’information entre les personnes. Il s’agit également, avec un peu d’ironie, de montrer que même sans moyens de communications évolués, une information peut parfaitement se propager rapidement. Le mot « arabe » est à replacer dans le contexte plutôt raciste et dominateur de la France colonisatrice du 20ème siècle, qui considérait que les pays nord-africains étaient ceux où les rumeurs se diffusaient le plus facilement, malgré le manque de moyens de communication élaborés. On a aussi employé l’expression « téléphone de brousse », qui fait cette fois référence à l’Afrique noire où le même genre de transmission orale rapide existe.

Par déformation, le téléphone arabe est devenu un jeu de société, consistant  faire circuler rapidement à travers une file de joueurs une phrase inventée par le premier d’entre eux, puis récitée à voix haute par le dernier.  L’intérêt du jeu est de comparer la version finale de la phrase à sa version initiale. En effet, avec les éventuelles erreurs d’articulation, de prononciation, les confusions entre des mots et des sons, la phrase finale peut être tout à fait différente de la phrase initiale. L’intérêt du jeu croît avec le nombre de joueurs et la complexité du message à échanger. Le record du monde du plus grand téléphone arabe a été réalisé par l’artiste américainMac King le 6 janvier 2004 au Harrah’s Las Vegas Casino et a impliqué 614 personnes.

Pourquoi dit-on merde pour souhaiter bonne chance ?

Il s’agit à l’origine d’une superstition théâtrale, qui s’est ensuite développée progressivement à tous les secteurs. Souhaiter « bonne chance » porterait malheur, et l’expression a donc été remplacée par un autre mot. Le choix du mot « merde » daterait de l’époque où les spectateurs se faisaient déposer en calèche devant les théâtres, halte durant laquelle les chevaux en profitaient pour se soulager et garnissaient la rue de crottin. Cette « garniture » étant directement proportionnelle au nombre de spectateurs, c’était faire preuve de bienveillance que de souhaiter « beaucoup de merdes » aux artistes. L’expression « Toï Toï Toï » a également perduré dans les milieux artistiques, afin d’encourager l’acteur qui s’apprête à rentrer en scène : cette expression est originaire d’Allemagne, elle consiste en la répétition de la première syllable de Teufel (diable).

Les superstitions théâtrales sont nombreuses et perdurent depuis plusieurs siècles. Il est ainsi toujours interdit de dire le mot « corde » dans l’enceinte d’un théâtre, ce mot pouvant attirer le mauvais oeil du pendu sur celui qui le prononce. De même, la couleur verte est interdite, car elle est considérée comme maléfique. Cette superstition provient du fait qu’à une certaine époque, on utilisait le cyanure pour teindre les vêtements en vert, et ce colorant toxique finissait par être fatal à celui qui le portait. On pourrait également citer l’interdiction de siffler dans un théâtre, car cela attirerait les huées du public, ou encore l’interdiction d’offrir des oeillets à une comédienne. L’origine de cette tradition dérive du fait qu’à l’époque où les théâtres avaient des acteurs permanents, il était de coutume que le directeur offre un bouquet de roses aux actrices dont le contrat était renouvelé. En revanche, les comédiennes qui allaient être licenciées n’avaient droit qu’à des oeillets, moins onéreux.

La plus intéressante superstition théâtrale est sans doute celle qui voudrait que la pièce Macbeth soit maudite. Pour cette raison, elle n’est jamais appelée par les acteurs par son vrai titre, mais désignée comme « la pièce écossaise ». De même, les personnages principaux sont surnommés M et Lady M. On prétend que Macbeth n’a jamais été mis en scène sans qu’au moins un des acteurs ne soit tué ou grièvement blessé. Cette légende reste invérifiable. Toutefois, en raison du déroulement de la pièce, qui inclut un certain nombre de scènes de combat et de fortes occasions d’accident, elle est souvent considérée comme la plus dangereuse de Shakespeare à réaliser dans un théâtre. On peut remarque que Macbeth étant extrêmement populaire, cette oeuvre était souvent programmée par des théâtres en déséquilibre budgétaire. Une autre origine habituellement attribuée à ce mythe est que les coûts de production très élevés de ce monument shakespearien plongeaient les théâtres dans les problèmes financiers.

Pourquoi, dans un débat, le nom d’Hitler ou de nazi ressort-il aussi souvent ?

Cette récurrence dans le débat des références au nazisme a été théorisée par Mike Godwin en 1990. Il a tiré de ses observations sur le forum Usenet une loi, appelée de façon originale la loi de Godwin : « Plus une discussion sur Usenet dure longtemps, plus la probabilité d’y trouver une comparaison impliquant les nazis ou Hitler s’approche de 1. » Dans un débat, atteindre le point Godwin revient à signifier à son interlocuteur qu’il vient de se discréditer en vérifiant la loi de Godwin. En réthorique, l’existence de la pseudo-locution latine Reductio ad Hitlerum est attestée depuis les années 1950.

Cette loi s’appuie sur le postulat de base suivant : une discussion qui s’éternise au delà d’un certain point finit par amener les différents interlocuteurs à remplacer leurs arguments par des analogies extrêmes, qui consistent la plupart du temps à traiter celui qui n’est pas d’accord avec soi de nazi. Cela arrive dans presque toutes les discussions qui durent, un partisan s’échauffe et sort alors ce qu’il lui semble être l’argument extrême. On considère que lorsque ce point Godwin est atteint, il faut alors arrêter la discussion et clore le débat, lequel ne peut plus être considéré comme pertinent. On considère généralement que vérifier la loi de Godwin revient à « perdre » le débat. Cependant, certains considèrent que le fait de clore un débat en invoquant cette loi n’est qu’une façon de fuir la discussion avec ceux qui n’ont pas utilisé ce genre de comparaisons. D’autres remarquent que cette loi peut être difficile à invoquer dans une discussion, car cela reviendrait à tenter de jeter le discrédit sur l’interlocuteur.

Cette loi, d’abord utilisée uniquement pour observer la nature des discussions sur Internet, s’est ensuite étendue à tous les débats, qu’ils soient politiques, sportifs ou culturels. On peut citer comme exemple récent Christine Albanel, alors Ministre de la Culture Française, qui a déclaré le 12 mars 2009 : « Je suis accablée par toutes les caricatures sur tous les bancs et par l’obstination qui consiste à présenter l’Hadopi comme une sorte d’antenne de la Gestapo, c’est particulièrement ridicule ». Elle s’est pour cette phrase vue décerner par plusieurs médias un point Godwin.

L\’article de Libération sur le point Godwin de Christine Albanel

Pourquoi le Sphinx n’a-t-il plus de nez ?

La célèbre statue monumentale qui s’élève dans la vallée de Guizeh, protégeant la seule des sept merveilles du monde encore existante, à savoir les trois pyramides, incarne la puissance souveraine du pharaon, et est chargée de veiller sur sa nécropole. C’est encore aujourd’hui la plus grande statue jamais taillée d’un seul bloc. Elle mesure 20 mètres de haut sur 73 mètres de large. Dans la mythologie égyptienne, le mot « sphinx » désigne un lion à tête humaine qui monte la garde aux portes du monde souterrain. Outre son nez disparu, la célèbre statue conserve de nombreux mystères, notamment quant à la date de sa construction, encore inconnue aujourd’hui, mais que certains imaginent remonter à plusieurs millénaires avant la construction des pyramides que nous connaisssons.

On n’a aujourd’hui aucune idée de l’époque où le Sphinx a perdu son nez. Si des dessins de la campagne d’Egypte sous Napoléon montrent le Sphinx avec son nez, on a également retrouvé des textes datatn du Moyen Age et même de l’Antiquité qui évoquent le Sphinx comme dépourvu d’attribut nasal. Les explications données quant à la chute du nez sont multiples, toutefois aucune n’apparaît comme pleinement satisfaisante et le mystère demeure entier encore aujourd’hui.

L’histoire la plus plausible serait que le nez, en raison de son poids (estimé à plusieurs de dizaines de tonnes) aurait fini au cours des millénaires par subir les dégâts des lois de la gravité et se serait décroché puis écrasé au sol. Ceci est considéré comme la version la plus plausible. Cependant, elle n’est pas pleinement satisfaisante car, dans ce cas, les égyptologues auraient dû retrouver des fragments du géant appendice nasal en pierre. Or, ils ont été incapables de mettre la main sur le plus petit débris qui aurait pu corroborer cette thèse. Le mystère demeure donc entier.

Bien des histoires saugrenues ont été inventées pour expliquer la disparition du nez de la statue. La plus connue est sans nul doute celle qui voudrait que Napoléon ait fait tiré accidentellement un boulet de canon sur le nez lors de sa campagne en Egypte, provoquant sa chute. On est aujourd’hui certain que c’est totalement faux, et que cette anecdote a probablement été inventée a posteriori, pour renforcer la légende napoléonienne. Mais ce mythe continue malgré tout à faire long feu.

Je ne peux pas ici vous exposer toutes les explications possibles découvertes par les archéologues depuis plusieurs siècles. Cependant, si vous êtes intéressés par la question ou intrigués par ce mystère, je vous conseille de regarder ce très bon documentaire. Ici le lien pour la partie 1, les parties 2 et 3 sont facilement trouvables dans la barre de recherche située sur le côté.

http://www.dailymotion.com/video/k17RAyC6ldfXEGuGce

Pourquoi dit-on OK ?

Ok est une expression anglaise abrégée, qui s’est développée après la Seconde Guerre Mondiale dans la totalité des pays du monde. On peut parfois trouver une seconde orthographe,  « okay ». Les étymologies supposées de ce mot sont nombreuses.

Tout d’abord, ce serait l’opposé de « KO » (Knocked Out). Une autre version voudrait que, durant la guerre de Sécession, les Sudistes annonçant le nombre de morts après chaque bataille, écrivaient 121 k., pour 121 killed, soit 121 morts. Lorsqu’il n’y avait pas eu de morts, cela donnait 0 k., tout était donc ok…

Une anecdote amusant voudrait que ce mot soit né d’une rencontre entre La Fayette et Georges Washington : le général français, soudain pris de hoquet, aurait été forcé de se détourner de son homologue britannique par politesse, tout en lui expliquant de ne pas s’en faire, « Tout va bien, j’ai seulement le hoquet. » Washington en aurait déduit que lorsque tout allait bien, cela signifiait que tout était « ok », et de cette méprise serait née l’expression.

Cependant, malgré les étymologies plus ou moins fantaisistes énoncées ci-dessus, il faut dire que l’origine de ce mot ne fait plus débat. La première occurrence attestée date de 1839 dans le Boston Morning Post comme abréviation de « Oll Korrect », altération graphique de all correct, version familière de l’époque du all right (tout est bien, tout va bien) britannique. En 1840, le terme a été utilisé par des partisans de Martin Van Buren, élu à la présidence des États-Unis en 1837, et surnommé Old Kinderhook (le vieux de Kinderhook) du nom de son village natal. Un club de soutien s’est créé à New York sous l’appellation de « O. K. Club » (23 mars 1840). L’histoire de ce terme a fait l’objet d’une publication de A. W. Read dans The Saturday Review of Literature du 10 juin 1941, et n’est contestée par aucun spécialiste.

Pourquoi dit-on « prendre son pied » ?

Il a fallu attendre 1968 et la révolution sexuelle pour que cette expression argotique devienne populaire et employée couramment dans la langue française. Au début du 19ème, elle appartient au vocabulaire des pirates et voleurs à la tire. Au moment de partager le butin, des piles sont formées sur la table, et chacun prend son revenu, compté en taille de pile, dont l’unité de mesure était le pied. Chaque bandit prenait donc son « pied », et s’empressait de la dépenser de manière « agréable », c’est-à-dire avec des prostituées. « Pied  » est donc, dans cette expression, utilisé en référence à l’ancienne unité de mesure et non au sens anatomique. L’expression argotique connaît une variante équivalente, qui serait « prendre son fade ».

Au tournant du 20ème siècle, l’expression passe chez les prostituées pour signifier une femme ( et seulement une femme) qui « en a pour son compte » dans la relation sexuelle. L’expression est ensuite étendue aux deux sexes, et utilisée pour désigner la jouissance lors de la relation sexuelle. Elle s’étend ensuite à tous les types de bonheur et de jouissances terrestres. On peut désormais « prendre son pied » en faisant quelque chose d’agréable qui peut n’avoir aucun rapport avec le sexe.

Pourquoi appelle-t-on le fameux cocktail un « bloody Mary » ?

Le bloody mary est un cocktail à base de jus de tomate et de vodka, auquel on ajoute généralement quelques épices, comme le tabasco, le sel, le céleri ou encore le jus de citron. En français, le nom du cocktail donne lieu à d’élégantes traductions argotiques, comme « Marie-salope » ou encore « menstruation de Mary ». En réalité, la traduction littérale donne lieu à deux interprétations : il s’agirait soit de « Mary la sanguinaire », soit de « Sacrée Mary ».

L’origine du nom est contestée. Une des propositions voudrait qu’Ernest Hemingway, qui craignait les colères de sa femme Mary Welsh quand il prenait de l’alcool, associa à la prise de ce cocktail un juron récurrent, « Bloody Mary » (« Sacrée Marie« ). Dans la région de Pampelune, on raconte également que la boisson doit son nom à la célèbre Mary Read, la seule femme pirate reconnue officiellement, qui s’est illustrée au combat aux côtés du fameux pirate britannique Jack Rackham (celui qui est dans Tintin).

Cependant, la proposition la plus sérieuse quant à l’origine du nom du cocktail est sans doute celle qui lie la boisson à la légendaire reine d’Angleterre Marie Tudor, fille d’Henri VIII et de Catherine d’Aragon, qui dirigea le pays entre 1553 et 1558, avant de mourir en laissant le pouvoir à sa demi-soeur, Elisabeth I. Elle fut surnommée « Mary la sanglante » par les protestants anglicans qu’elle envoya au bûcher par milliers dans sa lutte pour rétblir le catholicisme en Angleterre. La couleur rouge du jus de tomate, associant la boisson au sang, fait de cette version la plus vraisembable de toutes.

Le bloody mary aurait été inventé en 1921 au Harry’s Bar à Paris. Selon la légende, c’est pour le comédien américain Roy Barton que Petiot aurait concocté ce mélange d’épices, de citron, de jus de tomates et de vodka, qui fut d’abord connu sous le nom de « Bucket of Blood » (« godet de sang »), avant de devenir le « Bloody Mary ». Cependant, le jus de tomates tel que nous le connaissons aujourd’hui n’existait pas à cette époque. Le cocktail ne séduisit pas immédiatement les Parisiens et ne devint un véritable succès que quelques années plus tard, aux États-Unis. Au milieu des années 1930, il est réintroduit en remplaçant la vodka par du gin, et appelé Red Snapper. On le présente comme un remède contre la gueule de bois.

Pourquoi parle-t-on de « bluetooth » ?

Le rapport entre une dent bleue et la technologie permettant de relier entre eux des appareils électroniques sans utiliser de fil n’est pas évident. Bluetooth était à l’origine le nom de code d’un consortium de 1998, réunissant Nokia, Motorola, Microsoft, et surtout Ericsson, le fabricant suédois créateur du Bluetooth. Le but de cette réunion était de parler de l’éventualité de la création d’une technologie sans fil. Le nom est ensuite resté.

Cette dénomination fut choisie en référence au roi suédois Harald Blatand, littéralement Harald « Dent Bleue » (Bluetooth en anglais), qui régna au 10ème siècle, et unifia les différentes régions de la Norvège, de la Suède et de la Finlande tout en en vassalisant d’autres (comme la Normandie). De même, le Bluetooth est utilisé pour relier entre eux, réunifier, les appareils électroniques. Pour une fois, le nom est plus poétique que les habituels noms techniques tels que VHS, DVD ou CD-ROM.

Le roi tenait sans doute son surnom du fait qu’il avait les dents gâtées, ou bien que, friand de petites baies de couleur violine (des airelles), il en consommait à outrance, ce qui avait la particularité de colorer la langue, le palais et les dents d’une couleur bleutée.  Il est cependant considéré comme plus probable aujourd’hui que le surnom était en réalité « blå teint », qui signifiait « au teint sombre », « bronzé ».

Le logo du Bluetooth est constitué de la réunion des initiales runiques H et B d’Harald Blatand.

Pourquoi Henri de Toulouse Lautrec était-il surnommé « la théière » par les prostituées de Montmartre ?

Le célèbre peintre français de la fin du XIXe siècle, connu pour ses lithographies montmartroises et sa vie extrêmement dissolue, développe dès ses dix ans une grave maladie affectant le développement des os, due à la consanguinité de ses parents (ils étaient cousins germains). Il a souffert durant son enfance de nombreuses fractures, dont une à chaque fémur, qui l’empêchèrent de grandir au-delà d’un mètre cinquante deux. Son tronc était d’une taille normale, mais il avait des lèvres et un nez épais. Il bavait et zézayait en parlant. Il en jouait, faisait le provocateur dans les salons. Il se fit photographier nu sur la plage de Trouville sur Mer en enfant de chœur barbu, ou avec le boa de Jane Avril, tout en étant très conscient du malaise que son exhibitionnisme suscitait.

Il déménage rapidement à Paris après avoir échoué au baccalauréat, ayant pour but de « devenir artiste ». Il s’installe à Montmartre, et représente dans ses peintures la vie au Moulin Rouge et dans d’autres cabarets et théâtres montmartrois ou parisiens, ainsi que dans les maisons closes qu’il fréquentait, et où il finit par contracter la syphilis. Or, cette maladie cérébro-spinale provoque chez lui un effet secondaire : il devient priape. Le priapisme est une situation pénible et extrêmement douloureuse, qui conduit à la concentration de sang dans le pénis et à une érection quasi-permanente sans traitement. On considère qu’on est face à un cas de priapisme quand, au bout de quatre heures après l’érection, le pénis n’a pas retrouvé sa flaccidité normale.

C’est donc sa petite taille alliée à ses érections quasi-permanentes qui ont valu à Toulouse Lautrec  le surnom de théière auprès des prostituées montmartroises (il faut se représenter l’image dans sa tête pouyr comprendre…).

On peut noter qu’à l’âge de 37 ans, Toulouse Lautrec entre dans un sanatorium pour soigner des crises de démence, causées à la fois par la syphilis et par son alcoolisme. Il meurt quelques mois plus tard.

Par rapport à ce sujet, je vous conseille le très bon film Lautrec, de Roger Planchon, qui, s’il n’est pas rigoureusement exact d’un point de vue historique, n’en demeure pas moins très intéressant pour comprendre la spirale infernale dans laquelle fut peu à peu entrainé le peintre, et offre une vue intéressante de l’ambiance de l’époque, et de ce qu’était réellement le Moulin Rouge, c’est-à-dire pas seulement un endroit magnifique, berceau d’amour et où Nicole Kidman pouvait exercer ses talents de chanteuse dans des robes magnifiques, mais bien un lieu où l’on prostituait de très jeunes filles pauvres, vivant dans la misère, et qui étaient présentées nues aux concupiscences des vieux messieurs de la haute société.

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